Australie et Afrique: Regard sur l'avenir
Discours de Stephen Smith, Ministre australien des Affaires étrangères
Forum International sur l'Afrique, Université de Sydney
19 mars 2010
Je vous remercie pour votre accueillante présentation.
Votre Excellence Marie Bashir, Gouverneure de Nouvelle-Galles du Sud,
M. Michael Spence, Président-adjoint de l'Université de Sydney,
M. Erastus Mwencha, Vice-président de la Commission de l'Union africaine,
M. Tendai Biti, Ministre des Finances du Zimbabwe,
Mme Sue van der Merwe, Ministre-adjointe des Relations Internationales et de la Coopération d'Afrique du Sud,
M. Brahim Fassi-Fihri, Président de l'Institut Amadeus du Maroc,
Mme Marie Roussety, Haute-commissaire de l'Ile Maurice et Doyenne du Corps diplomatique africain,
Ambassadeurs et Hauts-commissaires,
M. le Professeur Geoff Gallop,
Honorables invités, Mesdames, Messieurs,
C'est un plaisir pour moi d'être ici aujourd'hui pour parler de l'importance de la relation entre l'Australie et l'Afrique, du continent africain, de ses pays et de ses habitants.
J'ai parlé à de nombreuses occasions de la volonté de notre gouvernement d'élargir et d'approfondir son engagement auprès de l'Afrique.
Depuis Perth, notre région est perçue sous un angle différent, et l'Australie est autant considérée comme un pays de l'Océan Indien que comme une nation du Pacifique.
L'attention de l'Australie doit se porter vers l'Ouest. Vers l'Afrique.
Pendant trop longtemps, l'Australie n'a pas accordé à l'Afrique la priorité qu'elle méritait.
J'ai le plaisir d'être ici aujourd'hui pour exposer les grandes lignes des avancées réalisées par le gouvernement australien en vue d'élargir cette relation.
Une Afrique en changement
L'Afrique change dans le bon sens et ni l'Australie ni le monde n'estiment cette amélioration à sa juste valeur.
Le continent africain est plus stable, plus libre et plus prospère qu'il y a dix ans.
Le nombre de pays en crise a chuté et des conflits majeurs ont été résolus, y compris des guerres civiles en Afrique occidentale et centrale.
Dans quelques mois, l'Afrique du Sud accueillera la Coupe du Monde.
Le gouvernement d'Afrique du Sud s'attend à ce que le tournoi attire jusqu'à 400 000 visiteurs internationaux.
Les Australiens, qui ont d'ores et déjà acheté plus de 40 000 billets, arriveront en nombre significatif de nos rivages.
Nous nous attendons à ce que le tournoi soit un grand succès pour l'Afrique du Sud et pour l'Afrique en général.
L'Afrique doit bien sûr encore faire face à de sérieux enjeux en termes de sécurité et de développement.
L'Australie s'inquiète entre autres des derniers développements en République Démocratique du Congo, en Somalie et au Soudan.
Le VIH/le SIDA, la pauvreté et l'insécurité alimentaire restent de sérieux problèmes.
Nous ne devons, ni ne pouvons ignorer ces questions, mais reconnaissons qu'il y a récemment eu des progrès de réalisés.
Aujourd'hui, l'Australie voit une Afrique confiante, engagée dans le monde.
Nous constatons que des millions d'Africains jouissent de plus de liberté, de plus grandes opportunités économiques et de davantage de sécurité qu'auparavant.
La façon de gouverner s'est nettement améliorée, et des progrès ont été réalisés en termes de responsabilités financières, de libéralisation politique et de gestion économique.
Presque toutes les élections africaines se déroulent désormais de façon démocratique et la représentation politique a augmenté en vue de refléter la diversité de la société africaine.
Lorsque ce n'est pas le cas, l'Union africaine condamne rapidement les obstacles faits aux principes démocratiques.
L'Australie constate également que l'Afrique assume davantage de responsabilités vis-à-vis de sa propre sécurité, notamment au travers du travail réalisé par l'Union africaine et ses Missions régionales pour la paix et la sécurité.
Au mois de mars, l'Australie a soutenu un symposium de haut niveau de l'Union africaine à Addis Abeba portant sur la protection des civils au cours des missions de maintien de la paix.
La solide croissance de l'économie contribue également à transformer l'Afrique et à élever les niveaux de vie.
La Banque Mondiale a indiqué qu'elle s'attendait à une croissance économique à travers l'Afrique de près de 4% en 2010, comparativement à 1 % l'année dernière.
En travaillant avec l'Union africaine et les pays d'Afrique, l'Australie souhaite continuer à contribuer à l'avenir de l'Afrique.
Les changements sont sources d'opportunités
Les nombreux changements positifs que j'ai mentionnés annoncent d'immenses opportunités, non seulement pour l'Afrique, mais également pour l'Australie.
L'Australie est un continent et un pays de plus de 20 millions d'habitants.
L'Afrique est un continent comptant plus de 50 pays et près d'un milliard d'hommes.
Afin de prospérer à l'avenir, l'Australie, en tant que grande nation commerciale, ne peut ignorer cela.
Jusqu'à récemment, le secteur privé australien avait plus rapidement identifié l'importance économique de l'Afrique que le secteur public.
Ceci fut particulièrement le cas de l'industrie des ressources minières.
Plus de 150 compagnies minières et pétrolières australiennes ont des intérêts dans plus de 40 pays africains, avec des investissements actuels et potentiels estimés à 20 milliards de dollars.
Les compagnies minières et pétrolières australiennes ont plus de projets en Afrique que dans le reste du monde.
Il ne s'agit pas uniquement d'un investissement. Le commerce avec l'Afrique augmente également.
Le commerce de marchandises avec l'Afrique est estimé à près de 5 milliards de dollars, ayant augmenté de plus de 6 % par an au cours des dix dernières années.
En reconnaissant le potentiel économique de l'Afrique, le gouvernement australien s'engage à soutenir l'augmentation des liens économiques avec le continent africain.
Je souhaite réaffirmer le message délivré lors de la Conférence "Africa Down Under" qui a eu lieu à Perth l'année dernière, comme l'a fait mon collègue, le Ministre australien du Commerce extérieur, M. Simon Crean, lors de la réunion de "Mining Indaba" de Cape Town en février dernier.
Un certain nombre de nos collègues africains ont organisé des conférences en Australie ayant trait au commerce et aux investissements, y compris la Conférence du Conseil commercial Australie-Afrique qui a eu lieu sur la Gold Coast en septembre dernier. Cette semaine, l'Afrique du Sud a organisé un séminaire commerce et investissement à Melbourne.
Au même titre qu'il existe de solides raisons économiques d'augmenter notre engagement avec l'Afrique, il y a aussi de bonnes raisons stratégiques et géopolitiques.
Le rôle de l'Afrique dans le monde
Les nations africaines ont une influence grandissante et majeure dans les tribunes internationales.
Elles représentent plus du quart des membres de l'Organisation Mondiale du Commerce, des Nations Unies et du Commonwealth.
Pour l'Australie, il est logique d'un point de vue stratégique de s'engager avec l'Afrique de façon bilatérale, régionale et au travers de l'Union africaine.
Vivement impliquée dans le système multilatéral, l'Australie veut travailler étroitement avec les nations africaines, afin de répondre aux enjeux de ce siècle.
Il est difficile d'imaginer que des progrès puissent être réalisés sur des enjeux tels que le changement climatique, les objectifs du millénaire pour le développement, la libéralisation du commerce, le désarmement et la réforme des Nations Unies sans travailler de façon rapprochée avec l'Afrique, ses pays et l'Union africaine.
Il est évident qu'en Afrique, comme c'est également le cas dans toutes les régions du monde, l'Australie cherche à obtenir le soutien pour sa candidature pour un siège de membre non-permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour le mandat 2013-2014.
Si toutefois le cynisme de certains les poussait à croire que l'Australie ne cherchait à s'engager auprès de l'Afrique simplement ou uniquement dans cet objectif, ceux-ci passeraient à côté de l'essentiel : le réengagement de l'Australie auprès de l'Afrique est poussé par une vision éclairée et pragmatique de nos intérêts stratégiques et économiques à l'avenir.
Cette démarche reflète aussi la volonté qu'a l'Australie d'être une bonne citoyenne internationale, et de soutenir l'Afrique, qui reste le continent comptant le plus grand pourcentage de personne vivant dans la misère la plus totale, à réaliser des avancées vers les Objectifs du Millénaire pour le développement.
Que vous vous tourniez vers l'Europe, les Etats-Unis, l'Inde, le Japon ou la Chine, le monde voit des opportunités en Afrique et des opportunités pour l'Afrique dans le monde. Le réengagement en Afrique fait partie de cette évolution sur le long terme, plus large et plus logique.
Mise en place de notre programme en Afrique
Au cours des deux dernières années, le gouvernement australien a renforcé les relations que l'Australie entretient avec l'Afrique et ses nations.
Nous avons entrepris :
- d'élargir notre engagement politique et diplomatique
- de promouvoir le commerce et les investissements
- de répondre aux enjeux relatifs à la paix et à la sécurité en Afrique
- d'apporter une aide humanitaire et du développement ciblée
L'Australie a désormais des relations diplomatiques avec 51 des 53 pays d'Afrique, à l'exception de la Guinée Bissau et de la République Démocratique du Congo, comparativement à 41 pays en 2007.
En 2008, l'Australie a établi des relations diplomatiques avec le Burkina Faso et le Libéria.
En 2009, l'Australie a établi des relations diplomatiques avec le Niger, la République du Congo, la Guinée équatoriale, Sao Tomé-et-Principe, le Togo et le Cap Vert.
En 2010, nous avons établi des relations diplomatiques avec la République centrafricaine et la Somalie.
Nous avons agrandi nos missions à Abuja, à Accra, au Caire, à Harare et à Nairobi.
Il y a eu des flux de visiteurs réguliers dans les deux sens.
En janvier 2009, j'ai eu le privilège d'être le premier Ministre australien des Affaires étrangères à m'exprimer lors de la Réunion du Conseil exécutif des Ministres des affaires étrangères de l'Union africaine à A
ddis Abeba et de rencontrer ensuite de façon officielle près de 30 de mes homologues africains.En janvier de cette année, je fus le premier Ministre australien des Affaires étrangères à me rendre en Afrique du Sud en plus de sept années, pays qui reste de loin notre plus grand partenaire économique en Afrique.
Je fus le premier Ministre australien des Affaires étrangères à me rendre au Botswana et au siège de la Communauté de Développement d'Afrique australe, basée à Gaborone, la capitale botswanaise.
Le Gouverneure-générale a visité dix nations africaines l'année dernière, et mes collègues, le Ministre australien du Commerce extérieur, M. Simon Crean, l'ancien Ministre de la Défense, M. Joel Fitzgibbon, le Secrétaire d'Etat chargé du Développement, M. Bob McMullan et le Secrétaire d'Etat chargé du Soutien en matière de défense, M. Mike Kelly, ont également récemment effectué d'importantes visites en Afrique.
L'année dernière, j'ai reçu en Australie les Ministres des Affaires étrangères du Botswana, du Kenya, du Mozambique, du Rwanda et de la Tanzanie.
Ce mois-ci, le Président du Botswana s'est rendu en Australie.
Aujourd'hui et au cours de cette semaine, nous avons reçu d'importantes visites de la part d'honorables collègues africains.
Cela représente un plus grand nombre de visites en l'espace d'une année qu'au cours des 10 dernières réunies. Nous veillerons à maintenir un haut niveau d'engagement.
Comme je l'ai mentionné, c'est un grand plaisir de compter parmi nous de nombreux visiteurs africains de haut niveau aujourd'hui.
Ces visites de haut niveau ont permis d'attirer l'attention sur les relations que l'Australie entretient avec l'Afrique des deux côtés de l'Océan Indien.
Elles ont commencé à poser des fondations qui nous permettront de poursuivre nos intérêts communs.
Nous travaillons bien sûr étroitement avec de nombreux pays africains sur divers enjeux mondiaux.
L‘Australie et l‘Afrique du Sud coopèrent étroitement par exemple dans le cadre du G20.
Nous nous engageons de façon rapprochée avec les pays africains à propos du changement climatique et au sein de l'OMC, particulièrement sur les questions ayant trait à la libéralisation du commerce agricole.
L'Australie travaille également par le biais de la Commission de la Consolidation de la Paix des Nations Unies sur les pays auxquelles elle accorde la priorité : le Burundi, la République centrafricaine, la Guinée-Bissau et la Sierra Leone.
A Pretoria, en janvier 2010, j'ai annoncé que l'Australie allouerait 6 millions de dollars au cours des deux prochaines années aux efforts réalisés par le système des Nations Unies pour la consolidation de la paix, comprenant 2 millions de dollars pour soutenir les initiatives axées sur le Burundi et la Sierra Leone.
En vue de poursuivre l'important travail qui est réalisé pour résoudre les enjeux de paix et de sécurité en Afrique, je vous annonce aujourd'hui que l'Australie consacrera 500 000 dollars supplémentaires au Tribunal Spécial de la Sierra Leone.
Le Tribunal a pour mandat de juger ceux qui ont commis les violations les plus graves du droit international humanitaire et de la Sierra Leone.
La contribution totale de l'Australie pour le Tribunal s'élèvera à 1,5 millions de dollars.
L'aide au développement
Au cours de cette année financière 2009/10, l'aide au développement de l'Australie en Afrique augmentera de 40% comparativement à l'année financière précédente de 2008/09, apportant de l'aide à plus de 30 pays.
Notre aide est explicitement axée sur des domaines sur lesquels l'Australie est en mesure de faire la différence.
Ceci comprend des aides permettant aux pays africains d'atteindre leurs Objectifs du Millénaire en termes de développement, notamment dans les domaines de la sécurité alimentaire, de l'eau, de l'hygiène publique, et de la santé maternelle et infantile.
Dans le cadre des aides apportées précédemment à l'Afrique, l'Australie s'est auparavant engagée au travers d'un budget de 100 millions de dollars sur quatre ans visant à soutenir les propres efforts de l'Afrique pour améliorer la sécurité alimentaire.
Notre soutien permettra d'ouvrir des marchés ruraux et d'augmenter la productivité en termes de récoltes et de bétail.
Dans cet objectif, nous travaillerons étroitement avec les principales organisations régionales d'Afrique sur la recherche agricole et le développement du marché.
L'éducation est également une partie vitale de notre aide au développement, permettant aux pays africains de construire des capacités tout en forgeant des liens interpersonnels durables.
Le gouvernement australien reconnaît également l'importance d'entretenir des liens institutionnels.
Je suis ravi que l'Université de Sydney et d'autres aient souhaité saisir ces opportunités.
Afin de soutenir cet objectif, j'annonce aujourd'hui un nouveau programme de partenariat de recherche sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement entre l'Australie et l'Afrique.
Cette initiative de 8 millions de dollars aidera les établissements africains et australiens dédiés à l'éducation et à la recherche de travailler ensemble, afin de soutenir la croissance économique africaine et d'avancer vers les Objectifs du Millénaire pour le Développement.
Ce Programme permettra de promouvoir les liens et les échanges en termes de recherche sur des questions telles que la sécurité alimentaire, la santé maternelle et infantile, le changement climatique et la gestion des ressources naturelles.
Il permettra également aux institutions africaines de s'inspirer de l'expertise australienne en termes de recherche en développement en vue de construire les capacités de leurs instituions africaines homologues.
L'Australie aide depuis longtemps des pays à accéder à l'éducation au travers de bourses d'étude et nous sommes engagés à mettre en œuvre un programme de bourse plus large en Afrique.
En 2010, nous avons multiplié par deux le nombre de bourses en Afrique, en en accordant plus de 250, et avons inclus pour la première fois cinq nations d'Afrique de l'Ouest, dont le Nigéria et le Ghana.
Ceci porte le nombre total de pays d'Afrique bénéficiant de bourses à 19.
Nous continuerons à élargir notre programme de bourse en Afrique, avec 400 bénéficiaires en 2011, puis 1 000 bourses offertes annuellement à travers l'Afrique d'ici 2012-13.
Nous avons également mis en place des postes d'intervenants qui couvrent la direction du secteur des ressources. Cette année, ces postes d'intervenants ont été mis à dispositions de 24 hauts représentants africains de 15 pays.
En 2009-2010, l'Australie augmentera également ses programmes de volontariat en Afrique.
Cinquante nouveaux volontaires australiens seront placés dans neuf pays, y compris les 10 Jeunes Ambassadeurs Australiens pour le Développement en Afrique, qui partiront pour le Ghana en avril et en juillet.
Le Ghana, le Kenya, la Namibie et la Tanzanie accueilleront des volontaires australiens pour la première fois cette année.
Conclusion
L‘Australie est engagée auprès de l‘Afrique sur le long terme.
Cet engagement n'est basé ni sur les sentiments, ni sur les objectifs à court terme, mais sur les intérêts économiques, sociaux et politiques que l'Australie et l'Afrique peuvent faire progresser ensemble.
Nous voulons nous inspirer de notre expérience et de notre expertise de façon à contribuer de façon unique et positive à l‘Afrique.
Nous voulons travailler avec l'Afrique pour contribuer au développement, à la sécurité et à l'engagement global.
Nous voulons travailler avec l'Afrique pour répondre aux enjeux globaux, allant du changement climatique au libre-échange.
Nous voulons travailler avec l'Afrique, afin de faire partie de l'avenir auquel l'Afrique se prépare.
Cette démarche s'inscrit clairement dans les intérêts nationaux, sociaux et géopolitiques de l'Australie sur le long terme.
Je vous remercie.