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M. Stephen Smith, Député 

MINISTRE AUSTRALIEN DES AFFAIRES ETRANGERES

Discours :

29 mai 2009

Université d'Australie Occidentale, à Perth.

Journée internationale des Casques bleus des Nations Unies : « Maintien de la Paix et Protection des Civils » 

Permettez-moi, Sue (Mme Sue Boyd, Présidente de l'Institut australien des Affaires internationales (Australie Occidentale)(, de vous adresser mes remerciements pour votre aimable présentation.

Qu'il est bon de me retrouver ici, dans ma vieille université, l'Université d'Australie Occidentale.

Je suis particulièrement heureux d'accueillir aujourd'hui, ici à Perth et dans cette université, mon homologue et ami tanzanien, M. Bernard Membe. M. Membe et moi-même étions à Canberra ce lundi pour la Journée de l'Afrique. J'y ai alors saisi l'occasion de parler de la détermination du gouvernement australien de porter au niveau qu'elle requiert et qu'elle mérite notre relation avec l'Afrique. Ici, à Perth, nous en ressentons cela profondément. Ces dernières années, les compagnies pétrolières et minières ont distancé le gouvernement australien dans leur implication en Afrique. Il est temps que le gouvernement australien les rattrape. Le Ministre des Affaires étrangères, M. Membe, a visité Kalgoorlie hier pour avoir un premier aperçu d'une de nos plus grandes mines d'or, le Super Pit. Demain, il aura l'occasion de participer à un événement culturel spécifiquement australien - un match de football australien au stade Subiaco où évolueront les Dockers de Fremantle. Je sais que les Dockers auront à cœur de réaliser une prestation digne de notre honorable invité.

En cette Journée internationale des Casques bleus, nous avons la chance de bénéficier de la présence parmi nous de M. Membe, venu nous faire partager sa vision des opérations de maintien de la paix en Afrique. Au travers de l'Union Africaine, l'Afrique s'implique beaucoup plus dans les opérations de maintien de la paix. La Tanzanie elle-même y apporte une contribution significative. L'Australie ayant apporté sa contribution à des opérations de ce type en Afrique sur une période relativement longue, c'est un sujet auquel elle s'intéresse de près et je remercie le Ministre des Affaires étrangères, M. Membe, pour son analyse.

Journée Internationale des Casques bleus

Cette journée du 29 mai marque le 61ème anniversaire de la première opération de maintien de la paix autorisée par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette mission avait pour objet de superviser la trêve décrétée à l'issue de la première guerre israélo-arabe en 1948. Cet anniversaire est un événement-clé, pour les Nations Unies, pour la communauté internationale et pour l'Australie. Depuis leur début, les opérations de maintien de la paix des Nations Unies ont apporté l'espoir aux pays déchirés par les conflits. Elles ont sauvé des vies, porté assistance aux communautés, aidé les sociétés, et contribué à la reconstruction de pays. L'Australie est fière du soutien qu'elle apporte depuis très longtemps aux opérations de maintien de la paix menées par les Nations Unies. En fait, si nous remontons jusqu'à la Commission Consulaire de 1947 expédiée en Indonésie, mission pendant laquelle l'Australie, alors membre du Conseil de sécurité des Nations Unies, a aidé au contrôle du respect du cessez-le-feu entre les forces néerlandaises et indonésiennes, il est possible d'affirmer que nous avons été le premier Etat-nation à avoir engagé du personnel sur le terrain d'une opération moderne de maintien de la paix. Cependant, ce n'est pas seulement sa situation géographique qui a déterminé les intérêts de l'Australie quant au maintien de la paix ou à la sécurité.
Depuis 1948, l'Australie participe aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies en Afrique, en Europe, en Amérique centrale, au Moyen-Orient et dans la région Asie-Pacifique. En tant que pays vaste et d'une importance certaine, et en tant que bon citoyen international, nous maintenons encore aujourd'hui cette noble tradition. Plus de 30 000 Australiens ont servi à travers le monde au sein de forces de maintien de la paix. Ils sont issus de toutes nos forces de défense, des polices nationales, régionales et locales, et d'autres organismes gouvernementaux. Selon le Mémorial de Guerre australien, 13 Australiens sont morts en service au cours d'opérations de maintien de la paix sous l'égide des Nations Unies, ainsi qu'au cours d'autres opérations n'étant pas menées par elles. Pendant un temps, en 1993, l'Australie avait déployé plus de 2 000 Casques bleus sur divers théâtres d'opérations, avec d'importants contingents au Cambodge et en Somalie. Aujourd'hui, il y a des Australiens en opération de maintien de la paix du Soudan aux îles Salomon.

Le maintien de la paix est devenu un élément vital dans la contribution de l'Australie à la paix et la sécurité internationales. De même, c'est une compétence essentielle et hautement estimée de nos forces militaire et de police. De nos jours, le maintien de la paix n'est plus le domaine exclusif des Nations Unies. Des opérations de maintien de la paix sont souvent menées non pas par les Nations Unies mais par d'autres organisations régionales ou multinationales.

La Force Multinationale et ses Observateurs (MFO) au Sinaï, la Force Internationale pour le Timor Oriental (INTERFET) et la Mission Régionale d'Assistance aux îles Salomon sont parmi les opérations non-onusiennes de maintien de la paix auxquelles l'Australie a apporté son soutien. De tels dispositifs régionaux sont perçus de plus en plus favorablement par les Nations Unies, puisque notre organisme mondial se trouve confronté au défi de soutenir le grand nombre d'opérations de maintien de la paix qu'il a déployées tout autour du globe.

Le succès des missions aux îles Salomon, au Timor Oriental, et à Bougainville reflète tant l'effet positif que peuvent produire les organisations régionales que l'importance de mettre en œuvre des solutions régionales pour répondre aux problèmes régionaux.

Aussi apprécions-nous fortement les constants efforts que déploie l'Union Africaine pour se joindre aux Nations Unies et aider à régler les conflits en Afrique. Le Ministre des Affaires étrangères, M. Membe, y a consacré ses efforts les plus conséquents pendant la présidence tanzanienne de l'Union Africaine, en 2008.

La contribution nationale de l'Australie au budget des Nations Unies affecté au maintien de la paix, l'une des plus importantes, la place au 12 ème rang des Etats membres. L'Australie apporte son soutien aux efforts de M. Ban Ki-Moon, Secrétaire général de l'ONU, pour renforcer le système du maintien de la paix des Nations Unies. Notre contribution au maintien de la paix est un élément vital de notre participation à la paix et à la sécurité internationales ; c'est également une responsabilité que l'Australie assume volontiers en tant que bon citoyen international.

Ce sens de la responsabilité et la nette reconnaissance du fait qu'une mondialisation croissante de notre planète requière des solutions globales, renforcent la détermination de l'Australie à renouveler son implication et à soutenir le système multilatéral, avec l'ONU en son centre. C'est également dans ce contexte-là que l'Australie a proposé sa candidature pour siéger au Conseil de sécurité de l'ONU en 2013-14. Nous espérons y assurer une participation significative et efficace, en puisant dans nos perspectives particulières, nos compétences dans la mise au point de politiques appropriées, notre expérience dans le maintien de la paix, et notre volonté de prendre en compte le point de vue des autres.

Evolutions du maintien de la paix

Le défi de libérer le monde de ce fléau qu'est la guerre, comme le précise la Charte des Nations Unies, est aujourd'hui aussi grand que jamais. Et au fur et à mesure que la nature des conflits armés évoluait, les opérations de maintien de la paix des Nations Unies et d'autres opérations, elles, devenaient plus complexes.

Les missions de maintien de la paix intègrent maintenant une large gamme d'activités comprenant : la promotion de la sécurité des personnes ; l'instauration de la confiance ; le développement des compétences et d'infrastructure ; la mise à disposition d'aides visant à soutenir des élections ; des programmes de renforcement de l'application de la loi ; et le développement économique et social. L'intégration, dans un nombre croissant de mandats de maintien de la paix, de l'obligation expresse de « protection des civils », est un des éléments-clés dans l'évolution du maintien de la paix.

En 1999, la mission de l'ONU en Sierra Leone fut la première à être assortie d'un mandat express d'assurer la protection des civils. Dix ans plus tard, « la protection des civils » est un important concept, en pleine maturation, et qui mérite un intérêt et un suivi sérieux. Aujourd'hui, huit des seize opérations onusiennes de maintien de la paix en cours sont munies de mandats formels de protection des civils. Ceci reflète bien le fait véritablement tragique que l'on continue à dénombrer une vaste majorité de civils parmi les victimes des conflits armés.

Comprendre et mettre en œuvre le mandat de protection

Les événements de l'an passé en République Démocratique du Congo, marqués par de si terribles pertes humaines, ont illustré de manière frappante les contraintes et les défis auxquels les Casques bleus doivent faire face. Il faut féliciter le Conseil de sécurité pour sa décision de renouveler le mandat de maintien de la paix en République Démocratique du Congo et de donner clairement mandat politique pour que la protection des civils soit prioritaire. Par le passé, l'enjeu, en de trop nombreuses occasions, était d'aboutir à un accord - un accord politique - au sein du Conseil de sécurité.

Une fois l'accord conclu, la grande question demeurant cependant est celle de sa mise en œuvre. Nous avons trop souvent pu percevoir l'écart entre l'arrangement politique établi au Conseil, et la réalité pratique sur le terrain. Cet écart s'explique parfois par une insuffisance des moyens, ou encore par une conception non partagée des types de tâches permises et requises par le mandat.

Cet écart entre les niveaux stratégique et opérationnel sur le plan de la protection des civils par les Nations Unies doit être comblé. En le faisant, nous confirmerons que le maintien de la paix par les Nations Unies reste un instrument efficace pour la sécurité et la paix internationales.

L'Australie est d'avis que, au fur et à mesure que nous intensifions le recours au mandat de protection des civils, la communauté internationale se doit d'affecter aux opérations dans lesquelles il est employé des ressources et une gestion adéquates. L'Australie est consciente de ces défis et nous dirigeons nos efforts diplomatiques en conséquence. Ces derniers mois, aux Nations Unies, nous avons travaillé dur pour élaborer un consensus international sur cette sensible mais importante question. A New York, en janvier de cette année, la Mission Permanente de l'Australie auprès de l'ONU a organisé, conjointement avec l'Uruguay, un atelier très réussi sur la mise en œuvre des mandats de protection des civils dans les opérations de maintien de la paix onusiennes. Dans le cadre de cet atelier, nous avons travaillé en étroite collaboration avec un grand nombre d'Etats membres, de responsables des Nations Unies et d'organisations non gouvernementales à l'élaboration d'un consensus sur une série de questions dont la nécessité de mandats clairs et pouvant être exécutés et d'instructions sans ambiguïté pour les Casques bleus, et l'importance d'une capacité d'intervention rapide. Le fruit de nos travaux continue à renseigner les discussions au sein du Comité Spécial des Nations Unies pour les opérations de maintien de la paix, organisme-clé dans l'élaboration de la politique de maintien de la paix des Nations Unies.

L'Australie n'est pas le seul pays à reconnaître l'importance de discussions relatives à la protection des civils. La Tanzanie joue également un rôle important dans ces discussions. Le représentant permanent de la Tanzanie à New York, Son Excellence M. Augustine Mahiga, est le coordinateur de l'étude sur la protection des civils commanditée conjointement par le Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies et l'Office de Coordination des Affaires Humanitaires. Cette étude doit être diffusée vers le milieu de l'année. Il nous tarde de la découvrir.

Plus tard cette année, l'Australie accueillera, en coopération avec l'Union Africaine, un symposium sur la protection des civils. Nous croyons que c'est un domaine important dans lequel l'Australie et l'Afrique peuvent partager leur savoir-faire et leur expérience relatifs au maintien de la paix. La protection des civils dans les conflits armés est un principe fondamental de la législation humanitaire internationale. L'Australie continuera à travailler avec les Etats Nations, les organisations régionales et les Nations Unies pour faire avancer cette importante question. Je me réjouis de travailler avec M. Membe, Ministre des Affaires étrangères, ainsi qu'avec nos autres homologues africains, pour obtenir des avancées significatives dans ce domaine.

Responsabilité de protéger

Un domaine apparenté, mais distinct, dans lequel le gouvernement renforce notre engagement par rapport au respect des droits de l'homme concerne le principe de la « Responsabilité de Protéger », désormais mieux connu sous l'acronyme de « R2P ». Le principe de la R2P a été développé au Sommet Mondial de 2005, réunion au sommet des Etats membres de l'Assemblée Générale des Nations Unies, et a été réaffirmé en 2006 par le Conseil de sécurité. Il précise que les Etats sont responsables de la protection de leurs propres civils contre les odieux crimes de masse tels que les génocides, les crimes de guerre, les épurations ethniques et les crimes contre l'humanité. Par ailleurs, il invoque la responsabilité de la communauté internationale d'employer des moyens diplomatiques et humanitaires ainsi que d'autres moyens pacifiques dans la protection des populations. Dans des circonstances appropriées, la R2P autorise le Conseil de sécurité à mandater une action décisive visant à empêcher des crimes d'atrocité de masse.

L'Australie soutient avec détermination la R2P. Nous sommes, avec la Tanzanie, membres du groupe d'Amis de la R2P aux Nations Unies. A ce stade critique du développement de la R2P, l'Australie participe aux efforts pour clarifier le concept et en consolider l'autorité. En contribution, le gouvernement a créé un fonds « Responsabilité de Protéger » de 2 millions de dollars. Ce fonds sera administré par le Centre Asie-Pacifique pour la R2P dans le cadre d'une initiative commune du Centre et du gouvernement australien. Le fonds est accessible, sur la base de la compétitivité, pour les institutions, les ONG et le monde universitaire, tant en Australie qu'à l'étranger, pour des projets ou des recherches qui contribueront à faire de la Responsabilité de Protéger un facteur important dans la gestion des crises internationales. En tant que partie prenante dans cette initiative commune, AusAID apportera 1,8 millions de dollars sur quatre ans au Centre Asie-Pacifique pour que ce dernier puisse entreprendre ses propres recherches et activités d'information et de sensibilisation par rapport à la R2P. Le gouvernement apportera également son aide au Centre Mondial pour la R2P de façon à l'aider dans cette importante tâche consistant à prôner la R2P parmi les Etats membres des Nations Unies à New York. Le récent rapport sur la R2P rédigé par M. Ban, Secrétaire général des Nations Unies, constitue un pas important vers la mise en œuvre de ce principe. Nous tenons à travailler avec M. le Secrétaire général ainsi qu'avec d'autres Etats membres des Nations Unies à la promotion de cet important principe.

Conclusion

Durant les 61 années qui se sont écoulées depuis la première opération de maintien de la paix autorisée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, l'Australie a participé à plus de la moitié des opérations de maintien de la paix menées par les Nations Unies. La reconnaissance de notre professionnalisme et notre compétence nous a permis d'avoir « voix au chapitre » quant au maintien de la paix. Elle nous a également permis d'avoir un impact positif et pratique sur la vie des personnes affectées par les conflits.

L'Australie souhaite à présent partager cette expérience-là avec ses collègues africains. De même, le gouvernement australien est déterminé à ce que nous utilisions désormais ce « droit à la parole » pour contribuer de façon importante au développement de normes humanitaires afin que les Casques bleus soient mieux équipés et les civils mieux protégés.

Notre contribution dans ce domaine est un exemple parmi d'autres de l'approche pratique que nous souhaiterions apporter au principal organisme des Nations Unies chargé de la sécurité et de la paix internationales, le Conseil de sécurité de l'ONU, si nous y obtenons un siège pour la période 2013-14. Cette contribution reflète également les valeurs auxquelles l'Australie est profondément attachée, notre implication dans le maintien de la paix, et notre détermination à assurer une protection encore plus grande des civils exposés à des conflits.

Je vous remercie de votre attention.

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